Newsletter n°67 : Une rentrée sur fond de crise
- lesenfantsdechiron
- 25 sept.
- 3 min de lecture
Une rentrée sur fond de crise

Par Linda Gandolfi
Encore une rentrée sur fond de crise politique, sociale, économique… qui crée un climat morose. Comment les enfants vivent-ils ces problèmes qui touchent leurs parents. Faut-il leur en parler ou les leur cacher ? A quel âge sont-ils capables de comprendre mais aussi de digérer les mauvaises nouvelles ?
Leur en parler s’avère délicat car ils ne sont pas censés partager le poids d’une réalité qui ne les concerne pas directement et dont ils ne sont pas responsables. Par ailleurs, les leur cacher semble impossible surtout lorsqu’on est personnellement concerné par un risque de perte d’emploi ou une baisse de revenus, par exemple. Enfin, comment éviter de réagir émotionnellement face à des nouvelles de guerres, de famines, de catastrophes naturelles, de banditisme, autant de sujets qui ne peuvent laisser indifférents. Avant, on avait la possibilité d’éteindre la télévision ; aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, cela est impossible et on a parfois le sentiment que les nouvelles terrifiantes nous cernent.
Alors, une fois de plus, il va être question de trouver les mots justes. C’est en effet la manière dont les parents sont eux-mêmes affectés par les soucis personnels et ceux du monde qui importe.
Dans son « Éthique à Nicomaque », Aristote prône le juste milieu en toute chose. Il montre que les réactions excessives, tant dans l’exagération que dans une minimisation des difficultés font problème et ne permettent pas à la personne d’aller vers le bien.
Mais de quel bien s’agit-il et comment éviter le mal ?
Aristote écrit au tout début de son livre :
« Le Bien est ce à quoi toutes choses tendent » ou autre traduction : « Ce à quoi on tend en toute circonstance »[1] Mais de quoi parle-t-il ? Alors que le monde semble s’être accordé sur une seule règle — la loi du plus fort —, Aristote est-il encore d’actualité ? Tout cela nous semble bien désuet. Pourtant il écrit quelques pages plus loin :
« « Les choses belles et les choses justes qui sont l'objet de la Politique, donnent lieu à de telles divergences et à de telles incertitudes qu'on a pu croire qu'elles existaient seulement par convention et non par nature. »[2] Là, il fait effectivement preuve de réalisme. Mais il va plus loin : il poursuit en déclarant que le principal ennemi de la politique ce sont les passions et plus encore les passions d’un homme jeune.
Voilà tout à coup qu’Aristote fait acte de voyance et nous intéresse.
La lecture de ce livre est certes ardue, mais sur ce qu’il en est de l’égarement des hommes, le texte n’a pas pris une ride. Ainsi Aristote nous aiguille-t-il sur la nécessité de prendre de la hauteur et d’avoir réfléchi soi-même avec profondeur sur les sujets de l’existence. Les faits aussi dramatiques soient-ils ont des causes qui sont à rechercher dans le comportement des hommes. Ce sont ces vérités que l’enfant a envie d’entendre car elles correspondent à ce moment aristotélicien qu’il traverse : aller vers le bon, aller vers le bien, aller vers l’amour. Il appartient aux parents de préserver la pureté des premières réflexions de l’enfant puis de l’accompagner progressivement dans ses ou plutôt dans nos désillusions.
Très bonne rentrée à tous
1] Aristote, l’Ethique à Nicomaque, trad. J. Tricot, éd du maquis, 2014 p20
[2] Aristote, op cit, p 21
[1] Aristote, l’Ethique à Nicomaque, trad. J. Tricot, les éd du maquis, 2014 p 20,
[2] Aristote, op cit, p 21


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