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Newsletter n°66 : Les réseaux sociaux sont-ils la cause de la violence des adolescents ?

Par Linda Gandolfi
Par Linda Gandolfi

 

Il ne se passe plus une semaine en France et dans le monde sans qu’un adolescent passe à l’acte et blesse ou même tue, le plus souvent au couteau, une personne de son entourage. Hier il s’agissait de l’assassinat d’une surveillante de lycée, avant-hier d’une camarade de classe, les jours d’avant, du viol d’une jeune fille de 12 ans… et l’on pourrait compter ainsi le nombre d’actes criminels perpétrés par des jeunes gens. Pourtant, et de manière très contradictoire les statistiques sont formelles : il y a une nette diminution de la violence chez les jeunes ces dernières années[1]. En revanche, les actes commis, s’ils sont moins nombreux, sont beaucoup plus graves et c’est ce qui nous choque. Il semble qu’une véritable épidémie de crimes au couteau traverse la génération des adolescents. D’où viennent ces passages à l’acte si violents ? Comment expliquer cette envie de blesser à mort ? Pourquoi ce déchaînement de haine ?

 

Aujourd’hui on cherche des solutions tous azimuts et on accuse principalement les réseaux sociaux et le Net en général. Nombreux sont ceux qui souhaitent limiter leur accès avant 16 ou même 18 ans. Il est certain que les réseaux sociaux jouent un rôle dans cette violence dans la mesure où ils offrent un accès direct au monde du dehors. Mais c’est ce monde qui défile sous les yeux des ados en les interpellant qui est le véritable porteur de cette violence. 

 

Pour apporter non pas une explication mais un éclairage parmi d’autres, il nous faut revenir à ce qui a constitué la vie quotidienne durant ce premier quart de siècle : attentats du 11 septembre 2001 (2977 morts), la guerre en Irak en 2003 (de 150 000 morts à 1 million de morts), le tsunami de  2004 dans l’océan indien (250 000 disparus), les attentats en Europe notamment ceux du Bataclan, de Charlie-Hebdo, de l’hyper cacher en 2015… une longue liste d’événements meurtriers qui inspirent l’horreur et qui n’ont aucune explication rationnelle. Ces événements ont pris place dans notre quotidien comme une fatalité incontournable. Ils sont relayés par les réseaux sociaux et deviennent à force de répétition, presque banals.

 

Sans doute en a-t-il souvent été ainsi dans l’histoire, mais les nouvelles n’arrivaient pas aussi vite et avec autant de réalisme. En tant qu’adulte à peu près construit nous ne nous rendons pas compte de l’impact de cette violence quotidienne sur les enfants. Notre Moi fait la part des choses et relègue loin de nous, hors de notre pensée du quotidien, cette violence. Ce n’est pas le cas pour les adolescents dont le Moi est encore en formation.

Par conséquent, ce sont moins les réseaux et l’accès au Net en général qui causent le dérapage des adolescents que la violence brute contenue dans ces images, sans oublier la violence de nombreux jeux vidéo. Le Net leur a donné accès dès la sortie de la petite enfance à un monde dans lequel, il faut bien le dire, la violence fait loi. Mais comment se fait-il qu’elle trouve un écho différent en chaque enfant ?

 

Parmi les psychanalystes d’enfants, la pionnière Mélanie Klein a porté un éclairage essentiel sur les pulsions contradictoires qui habitent tout être dès les premiers instants de son existence : l’amour et la haine se mélangent dans une nécessité vitale. Ainsi, la violence est inhérente à chaque être humain. L’enfant doit à la fois se fondre dans l’autre tout en lui résistant avec une certaine violence pour construire progressivement une conscience de lui-même. Chaque étape de cette construction représente une émancipation qui conforte le Moi.

A l’adolescence, l’enfant va devoir trouver un appui non plus seulement au sein de sa famille mais également auprès de son entourage extérieur et composer entre toutes ces propositions que la vie lui offre. Couper le cordon à cet âge consiste à trouver sa voie dans le monde et à préparer l’avenir. La transgression fait alors partie du jeu. Braver les interdits, faire ses propres expériences en dehors de la sphère parentale spécifient ce moment particulier de l’adolescence. Le Moi s’émancipe et trouve des exemples hors du cadre familial. C’est un moment de grande remise en cause qui peut pousser à des actes transgressifs qui témoignent des difficultés. Or, ce sont ces actes qui dans les cas d’enfants violents, ne sont plus contenus par des interdits clairs et des limites sociétales. Tout se passe comme si la violence « ordinaire » des adolescents connaissait une sorte de surenchère.

Il faut aller plus loin avec des actes de transgression pour exister. Rentrer éméché d’une soirée arrosée, fumer en cachette, emboutir la voiture de papa, se teindre les cheveux en bleu, essayer les drogues douces…, tout ce que les générations précédentes ont connu semble bien dérisoires. Certains ado ne peuvent exister qu’en tuant l’autre, faute de le rencontrer.

 

C’est ce déséquilibre qui semble se généraliser. On le constate également dans les désordres psychiques de plus en plus nombreux chez les adolescents. Par conséquent c’est la violence du monde et elle seule qu’il faut incriminer, les réseaux sociaux ne faisant que la relayer. Le Net est une fenêtre ouverte sur le monde réel qui accélère la nécessité de sortir de l’enfance. Comment éviter les images de ce qui se passe à Gaza ou en Ukraine ? Comment leur donner un sens pour des adolescents qui émergent à peine du monde protégé de l’enfance ? Comment justifier que demain sera sans doute plus difficile à vivre qu’hier ? Ce n’est pas en tenant les enfants éloignés de ces images que l’on va changer quelque chose. L’interdit d’accès aux réseaux vient bien tard alors que les interdits fondamentaux n’ont pas même été posés.

 

 


[1] Voir article du centre d’observation de la société :



 
 
 

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