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Newsletter n°43 septembre 2022 Une odeur de rentrée

Êtes-vous entrés dans une classe de petite section maternelle en fin de journée ? Les parents ont pour la plupart expérimenté cette odeur âcre qui saisit dès que l’on franchit la porte de la classe : un mélange de transpiration, de pipi oublié dans la culotte, d’haleine enrhumée..., bref une odeur où viennent se mêler les traces du vécu des enfants ; une odeur qui transpire aussi bien leurs rires, que leurs pleurs… Car nos sensations transpirent !


De la même façon qu’une peur subite peut nous donner des sueurs froides, le corps et particulièrement celui des enfants exsude en permanence des molécules odorantes au gré de leur ressenti ; l’expérience olfactive fait partie de notre vie sans que nous en ayons bien conscience.


Les enfants qui vont à l’école pour la première fois sont davantage sujets à ces peurs qui font « suer » car quitter l’ambiance de la maison n’est jamais facile. Mêler sa transpiration et son odeur singulière à celle des autres est une façon d’entrer en relation avec eux et d’en être éventuellement importuné. Sentir, ressentir, tel est l’enjeu.

Les explications de Françoise Dolto confirmées par les expériences des neurosciences ont montré le rôle de l’olfaction dans la consolidation de la dyade entre la mère et son nourrisson. L’odeur de la peau de maman, l’arôme de son sein laiteux ou son parfum sont autant de senteurs qui confortent et rassurent l’enfant dans les premiers mois de sa vie. L’odeur apparaît ainsi être le premier véhicule du courant libidinal et du courant d’amour qui s’installent entre les deux êtres. Elle est le lien imaginaire qui va permettre à l’enfant de construire un premier re-senti. Ainsi l’expérience physique de l’olfaction qui consiste à sentir malgré soi les odeurs qui nous entourent, se déplie en une expérience psychique laquelle est confortée par sa propre odeur. Cette dernière vient l’entourer l’enfant tel un écran, première limite d’un dedans et d’un dehors.


Une fois ce rempart du moi bien construit, et en association avec toutes les autres expériences des sens, l’enfant devra confronter ce ressenti à celui des autres.

Rapidement, les odeurs de maman s’étendront aux odeurs de la maison, un mélange de toutes les essences véhiculées par chacun avec de temps en temps, une bouffée d’effluves du dehors. Une odeur que l’on aura soit plaisir, soit déplaisir à retrouver une fois devenu adulte en fonction de la qualité des relations établies dans l’enfance.

En effet, respirer l’odeur des autres et imposer la sienne fait partie de l’apprentissage subtil de l’ouverture aux autres.

Alors ne nous étonnons pas lorsque le nez des tout-petits se bouche à la faveur d’un rhume. Mais veillons aussi à comprendre l’enjeu que représente ce sens fondateur lorsque les rhinites sont trop fréquentes. L’enfant doit apprendre à supporter les odeurs étrangères en échangeant et donc en mettant à distance au seul moyen des mots.


Linda Gandolfi