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Newsletter n°40 : Le masque chez les enfants : un remède pire que le mal ?

Voilà deux années que dès le primaire, les enfants ont l’obligation de porter le masque à l’école (avec quelques brèves interruptions). Cette obligation a été levée en mars dernier durant la période électorale alors que l’épidémie continuait sa route et atteignait paradoxalement davantage les jeunes gens. On a pu mesurer où allaient les priorités du gouvernement, mais ce n’est cependant pas cette question qui nous préoccupe. Qu’en est-il des conséquences du port prolongé du masque ? On peut à bon droit se poser la question alors que certains épidémiologistes prédisent que les vagues de la Covid-19 vont continuer à déferler.


L’OMS a reconnu que le masque pouvait être à l’origine de certaines pathologies physiques tels les maux de tête, les nausées ; certaines lésions cutanées faciales, dermites irritatives ou une accentuation des poussées d’acné chez les adolescents. De même on a pu constater une aggravation des affections respiratoires notamment chez les enfants souffrants d’asthme. Enfin, le masque a pu être pourvoyeur de foyers infectieux particulièrement dans les cas où il est rendu humide soit par un rhume ou par la salive des enfants.

Ces conséquences sur la santé ne sont certes pas négligeables et représentent un point de réflexion dans la balance bénéfiques/risques, mais sans doute ne sont-elles pas aussi graves que les conséquences psychiques. En effet ces dernières sont d’autant plus redoutables qu’elles sont beaucoup moins facilement quantifiables et que leurs effets se font sentir dans un temps beaucoup plus long.

Que se passe-t-il pour ces enfants qui n’ont jamais vu le visage entier de leur professeur d’école ni même le visage de leurs camarades ? Cela peut paraître secondaire mais il s’agit d’une véritable dépersonnalisation qui ne peut être sans conséquence notamment lorsque l’enfant est en pleine période de socialisation. Toutes les mimiques du visage qui traduisent l’expression des sentiments ­— rire, sourire, surprise, approbation, dénégation, joie, tristesse, peur… — ont été gommées de la vie sociale avant même que ces codes de la communication aient été intégrés par les enfants.

En tant qu’adulte, nous avons tous pu mesurer combien il était gênant dans une conversation, soit de faire un sourire en guise de réponse, soit de signifier sa stupeur, soit encore d’accompagner la parole par une accentuation et de se rendre compte tout à coup que la personne en face n’avait rien vu de tout cela.

Pour mesurer l’impact de ce masquage chez les enfants, arrêtons-nous sur ce premier regard que le nourrisson pose sur le monde. On connaît mal les possibilités visuelles du nouveau-né, mais Winnicott a pu mesurer en revanche, l’importance du face-à-face qu’il vit avec sa mère dès les premiers moments de son existence. L’ouverture de ses sens — l’olfaction, le goût, la vue, l’ouïe, le toucher — est entièrement tendue vers ce visage qui va très vite devenir le repère central autour duquel la vie va s’organiser. Et si l’enfant ne distingue pas encore les contrastes visuels, il va assez vite associer ce visage à l’apaisement de ses tensions et apprécier le plaisir que lui procure cette rencontre.

Donald Winnicott a assimilé cette expérience à un premier « stade du miroir ». L’enfant, pris dans la dyade qu’il constitue avec sa mère, plonge son regard dans ce visage aimé et se voit ; il ne distingue pas encore ce qui est l’autre et lui-même. Première identification fondamentale qui structure son petit univers autour de ce visage qui rayonne de tendresse. Cette confusion certes trompeuse est indispensable à la construction du socle unitaire de l’être. On pourrait même dire que cet artifice est ce qui soutient le passage en douceur à la réalité.

On mesure ici l’aberration de l’obligation du port du masque dans les maternités. Avec le masque : plus de souffle chaud sur le visage, plus de sourire, et des paroles qui sortent de nulle part.

On peut bien sur espérer que les mères ont ôté le masque, aussitôt rentrées chez elle.

Mais quelles conséquences plus générales sur l’évolution des enfants soit parce qu’ils sont entourés de personnes masquées soit parce qu’ils ont en plus l’obligation de le porter eux-mêmes ? Si la mère est le premier miroir du monde comme le dit Winnicott, quel sera le nouveau visage de ce monde quand l’enfant sera en âge d’aller se confronter à l’extérieur alors que tout le monde est masqué ?

Que signifie ce monde qui n’a pas de visage, ou plus exactement, qui a un visage masqué au deux tiers ?

En caricaturant les réponses, nous pouvons d’ores et déjà subodorer le message catastrophique véhiculé : si le monde est le miroir de l’homme, le monde a un visage caché. Et la raison de ce masquage est qu’il est dangereux : respirer est dangereux, toucher son camarade est dangereux… Alors que l’enfant tend vers le monde pour s’éloigner de la dyade protectrice, on lui montre que ce monde recèle des dangers terribles. La relation à l’autre support de la construction psychique est avant tout montrée comme susceptible de rendre malade.

D’aucuns penseront que le message est moins pire que le mal et qu’il faut bien protéger les enfants. Certes, mais la dernière vague Omicron qui les a particulièrement touchés a montré que le masque était inefficace et surtout que la maladie contractée équivalait à une simple grippe.

Sur un plan symbolique, et d’une façon générale, il est sans doute vrai que le monde est devenu dangereux. L’homme lui-même l’a rendu dangereux par une exploitation excessive.

Mais force nous est de constater que nous ne gérons pas correctement ce danger et que l’excès de mesure peut encore aggraver la situation des générations futures. Elles ne sont pas responsables de la situation et les accuser de propager la maladie est une terrible injustice. La seule justice qui apparaît et qui devrait nous réjouir est que la plupart des enfants font des formes bégnines.

Alors cessons de leur imposer des mesures inefficaces et de plus nuisibles qui ne sont là que pour rassurer les adultes.


Par Linda Gandolfi