newsletter n°7 : Une nouvelle année, un nouveau cycle

Le temps, l’outil du Moi

 

Quand le temps tisse la toile de la psyché, comment accompagner l’enfant dans les méandres de cette vie si fragile qui débute sa longue histoire ?

Chez les tout-petits, le temps a peu de prise et pourtant, le rythme imprimé à leur vie est fondamental pour leur développement. Il y a les rythmes journaliers avec le lever et le coucher. Ils doivent être fortement ritualisés car ils leur permettent de nouer un premier sentiment de continuité.  Allons bon, tu vois bien qu’il fait nuit, il faut dormir mon ange !

Chaque matin, le visage bienveillant de maman se penche sur le berceau et la vie s’organise : les repas, les petits sommes, les jeux, les promenades… Ces activités répétitives amènent leur lot d’éveil mais aussi de stabilité. Le temps s’enroule en quelque sorte autour de l’enfant et tisse en sourdine la toile d’un Moi naissant, c’est-à-dire d’une première conscience du monde et de soi.

Une fois adulte, nous n’avons plus conscience de cette frontière impalpable entre un monde intérieur et un monde extérieur. Or, cette frontière est à créer pour l’enfant. Il est important de réaliser ce qui se joue dans ces premiers mois de la vie car c’est à cet endroit précis que se situe la solidité ou la fragilité du socle du Moi.

Les grecs nommaient « Kairos », ce temps de l’instant. Il est pour l’enfant comme une fenêtre ouverte sur le monde, une opportunité de découvertes incessantes. Afin que toutes ces expériences s’insèrent dans une logique (les Grecs diraient un logos), ce temps de l’instant doit s’inscrire dans un espace familier dont les contours sont définis par l’entourage du bébé : chaque chose revient régulièrement à la même place et — très important — chaque chose est nommée par maman et son entourage. La répétition écholalique — du mot écho, répétition — forge l’intériorité d’un ego encore balbutiant. Ma ma, ma… pa, pa, pa… Derrière le visage de maman, se déploie le vaste monde à conquérir. L’instant s’étire à l’infini et tisse le voile transparent de la psyché. C’est magique !

L’enfant rit face au miroir qui lui renvoie son image. Regarde maman, comme je suis grand(e) ! Et oui, le temps a passé. Le premier cycle de neuf mois laisse la place à des horizons encore plus lointains. Pour l’enfant ce sont toujours des opportunités nouvelles : explorer d’autres lieux, d’autres situations. La créativité est au service de l’intériorité qui se déploie dans une imagination débordante. Les mots se bousculent et déjà questionnent le monde. La tante Jeanne, pourquoi elle a de la moustache au menton

Le temps Kairos s’inscrit dans de plus grands cycles : les grands rythmes comme ceux des saisons que l’enfant intègre progressivement, apportent leur nouveauté et leur expérience. Il fait froid, met ton bonnet ! Sans oublier les anniversaires qui individualisent le temps que l’on compte encore sur les doigts. J’ai trois ans et bientôt j’en aurais cinq et je serais plus grande que mon frère.

Les grands rendez-vous — rentrée scolaires, vacances, anniversaires, Noël… —  s’accélèrent et emportent sans crier gare le temps de l’innocence en propulsant l’enfant dans un avenir où déjà le passé laisse des traces. Peu à peu, la vie se présente comme un fil tendu entre un début et une fin, notion abstraite qui prouve juste que le temps a fait son fait son œuvre de conscience et a tracé les sillons d’une histoire unique.

Linda Gandolfi

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